Aux Andelys, la Seine n'a jamais été un simple élément du paysage. Elle est l'artère vivante qui a justifié l'érection de la forteresse de Richard Cœur de Lion au XIIe siècle et rythmé pendant des générations le labeur des mariniers, des haleurs et des pêcheurs de l'Eure. Pourtant, au tournant des années 2010, les berges du Petit-Andely risquaient de devenir un simple décor figé, admiré par les visiteurs de passage mais déserté par les jeunes et les familles locales.
L'histoire de la Base Nautique Les Andelys commence par un constat partagé lors de réunions informelles entre enseignants d'éducation physique, naturalistes bénévoles et anciens rameurs de compétition installés dans le bassin andelysien. Alors que la Seine s'étend majestueusement sur plusieurs centaines de mètres de large, offrant un plan d'eau remarquablement calme et protégé des vents dominants par les falaises de craie, aucune structure ouverte à tous ne permettait aux jeunes de monter dans une yole ou un kayak.
Les fondateurs ont refusé la logique commerciale du tourisme consumériste. Leur objectif était diamétralement opposé : fonder un cercle civique à but non lucratif, fondé sur la loi du 1er juillet 1901, où la cotisation annuelle demeurerait modeste et où chaque citoyen, quel que soit son milieu social, pourrait acquérir le sens marin, le respect de la faune aquatique et la fierté de naviguer sur son cours d'eau local.
« Nous ne voulions pas d'une base de loisirs privée vendant des tours de barque à la minute, mais d'une véritable maison commune où l'on apprend à réparer une coque en bois, à respecter les courants capricieux et à observer le vol du balbuzard pêcheur sans jamais déranger sa quiétude. »
L'association a été déclarée le 14 novembre 2015 auprès des services préfectoraux de l'Eure. Dès l'origine, les statuts stipulent le caractère rigoureusement bénévole des administrateurs, l'absence absolue de redistribution de bénéfices et l'affectation exclusive des ressources au matériel pédagogique et à la sécurité nautique.
Le premier défi matériel fut l'obtention d'un point d'ancrage. Grâce à une convention de mise à disposition consentie par la commune, l'association a pu investir un ancien atelier de stockage désaffecté situé au 58 rue de la Madeleine, à quelques dizaines de mètres des cales d'accès à la Seine. Durant six mois de chantiers participatifs dominicaux, les adhérents de la première heure ont rebâti la charpente, scellé des râteliers à bateaux et sécurisé l'électricité.
L'intégralité des cotisations et adhésions est intégralement réinvestie dans les missions d'intérêt général de l'association. Tous les comptes de clôture sont présentés chaque année en assemblée générale publique et transmis aux collectivités partenaires pour vérification de l'utilisation rigoureuse des fonds.
La trajectoire de la Base Nautique Les Andelys est jalonnée de jalons concrets qui ont transformé une modeste flottille d'occasion en un équipement civique structurant pour tout le nord-est du département de l'Eure.
Acquisition de quatre canoës biplaces en polyéthylène d'occasion et de deux yoles de mer stables, cédées à titre symbolique par un club voisin de Rouen. Lancement des premiers créneaux du samedi matin réunissant 28 adhérents fondateurs. Signature de la première charte de bonne conduite nautique avec la capitainerie fluviale.
Installation d'un ponton flottant sécurisé à hauteur variable pour compenser les crues hivernales et les étiages estivaux. Création de la première section « Découverte Nature » en partenariat avec les enseignants de sciences de la vie et de la terre du collège Rosa-Parks des Andelys, permettant à 120 élèves de découvrir l'hydrologie locale depuis le plan d'eau.
Face aux dégradations constatées sur certains îlots sauvages par des dépôts sauvages estivaux, nos adhérents s'organisent en brigade d'observation bénévole. Réalisation du tout premier recensement des couples de sternes pierregarins nichant sur les bancs de graviers entre Muids et Tosny. Publication du premier recueil annuel d'inventaires naturalistes.
Affiliation fédérale et formation de trois éducateurs bénévoles au brevet fédéral d'initiateur d'aviron. Achat, grâce à une subvention publique d'équipement, de deux bateaux d'initiation individuels de type « canoë français » et de gilets de sauvetage ergonomiques homologués CE. L'association franchit le cap des 100 adhérents réguliers.
Pendant les périodes de restriction sanitaire, le club adapte ses horaires pour offrir un bol d'air indispensable aux résidents locaux dès la réouverture des espaces naturels. La pratique sportive individuelle en plein air sur la Seine devient un refuge d'équilibre psychologique pour des dizaines d'habitants isolés.
Création du programme « Fleuve Propre », mobilisant chaque trimestre une vingtaine de bateaux pour recueillir les plastiques et ferrailles piégés dans la ripisylve. En une seule saison, plus de 4 tonnes de déchets flottants sont évacuées des îles inaccessibles aux véhicules terrestres et remises aux filières de recyclage de l'agglomération Seine Normandie.
Remplacement de l'ancien moteur thermique de surveillance par un moteur électrique silencieux à zéro émission directe. Cette transition technologique, soutenue par les fonds environnementaux régionaux, élimine toute pollution sonore et olfactive lors de l'encadrement des enfants et des groupes scolaires.
Après instruction approfondie de nos comptes et de nos statuts par la direction départementale des finances publiques et les services de l'État, l'association reçoit la confirmation formelle de son caractère d'intérêt général à titre prépondérant. Les donateurs particuliers et entreprises mécènes peuvent désormais déduire fiscalement leurs soutiens désintéressés.
Aménagement du ponton avec une rampe d'accès douce et acquisition d'une yole adaptée dotée de flotteurs latéraux stabilisateurs. Accueil des premiers pensionnaires d'établissements médico-sociaux pour des séances d'éveil sensoriel sur l'eau, démontrant que la Seine appartient véritablement à chaque citoyen sans exception.
En partenariat avec le Conservatoire d'espaces naturels de Normandie, l'association coordonne un vaste chantier d'étrépage et de désenvasement manuel pour rétablir le courant dans un bras secondaire étouffé par les atterrissements. Les premiers alevins de brochet et de perche y sont répertoriés dès l'automne suivant.
La Base Nautique fête ses dix années de service ininterrompu. Forte de 180 adhérents fidèles, d'une flotte de 24 embarcations parfaitement entretenues et d'un réseau solide de partenaires publics, notre association confirme sa ligne directrice : faire grandir l'humain à travers l'effort partagé et défendre farouchement notre patrimoine fluvial normand.
Rien de ce qui a été accompli durant cette décennie n'aurait été concevable sans l'engagement silencieux mais constant de dizaines de volontaires. Du menuisier retraité qui restaure méticuleusement les listons d'une yole en bois jusqu'à l'étudiante qui anime les ateliers de reconnaissance des libellules pour les enfants du quartier, la diversité des talents réunis constitue la plus belle victoire de notre association.
Cet esprit d'entraide protège l'association des dérives mercantiles. Chez nous, personne ne consomme un service : chacun est acteur du bon fonctionnement du club. En rangeant son bateau après l'effort, en écopant les cales ou en nettoyant les pelles au jet d'eau, chaque membre prend conscience du travail collectif qui permet à la structure de perdurer.
Notre avenir s'écrira avec les mêmes valeurs : humilité face aux éléments naturels, rigueur dans la gestion comptable, solidarité envers les plus démunis et passion inaltérable pour les méandres de notre Seine andelysienne.